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le pigeon juif

jeudi 30 mars 2006, par Claude Cordier

Quand on raconte l’histoire du Pépé dans le ghetto à Varsovie, on nous réplique : C’est rien, la vie va ainsi, des morts, des vivants, des forts, des faibles, des soumis, des tortionnaires.

Je crois entendre le frère qui, face à sa frangine, baffée très, trop fort, fauteuse de trouble pour avoir fréquenté un intru, dit : C’est rien, c’est la vie…

Et bien Non, dit le pigeon, c’est pas ça la Vie. C’est se rencontrer et s’aimer sans entrave, c’est picorer ce que la nature nous donne selon les saisons, observer le soleil à son lever et son coucher et ne point admettre entre ces deux qu’un seul être soit meurtri.

L’humain, issu de Cohen, qui parlait aux pigeons, répliqua : Avez vous bien mesuré vos paroles, sachez qu’elles s’adressent aux humains ?

Les pigeons ajustèrent leur mémoire et racontèrent : les soldats place Voltaire embarquant les fillettes, les papas cloîtrés à Drançy, les mamans avec les petits dans les wagons, sans air, sans eau, les bébés sans vie au bout du couloir, petit tas de Rien. Nous avons tout vu et nous avons suivi le convoi et senti l’odeur bien avant l’arrivée. Ici, on ne meurt pas de mort naturelle, ici, la mort a une odeur particulière, celle de l’homme pourri.

Le pigeon respira bien fort, incarnation du pépé Cohen mort à Matthausen, et s’envola d’un trait vers le grand Nord où, peut-être, le ciel est tendre et les baleines joueuses encore pour un certain temps.

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