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L’odeur du Mammouth

dimanche 27 novembre 2005, par michel roszewitch

Ce matin, en écoutant "Interception", sur France-Inter, j’ai entendu une vieille émission de 1999, où un passionné des glaces, Bernard Buigues, à force de patience et de coups de sèche-cheveux, a ressuscité l’odeur d’un mammouth pris par les glaces il y a plus de 20000 ans.

Voir en ligne : Mammouth, de Francis Latreille et Bernard Buigues

Ces quelques minutes ont réveillé deux de mes obsessions communes : le voyage dans le temps et la persistance des odeurs.

Tous les moyens sont bons pour voyager dans le temps : la lecture, les vieilles photos, la généalogie, les vieilles cartes et les vieux plans. Ça, c’est le plus facile car on peut rêver depuis sa table de travail, sans bouger physiquement, et donc aller plus vite que la lumière : à la vitesse de la pensée. Pourquoi parler de la limite de la vitesse du déplacement, en affirmant que l’on ne peut pas se déplacer plus vite que la lumière ? Je me déplace infiniment plus vite avec ma simple pensée, tant dans l’espace que dans le temps. Je me fais parfois des petits tours du monde en 5 minutes, juste pour jouer ! En sautant d’un point à un autre autour de la terre, par mon simple souvenir. En rendant visite au gens et endroits que j’ai pu parcourir au cours de ma courte vie. Et là, on sent bien l’espace et le temps intimement mêlés. Une fois dans notre, tête, quelle importance que ce qui est hors de portée géographique soit également hors du temps, ne soit plus qu’un souvenir d’un mort ou d’un vivant. Tout n’est devenu que notre propre réalité. Une fois tout cela posé, et entre-mêlé, un détail m’agace : je peux physiquement me déplacer dans les trois dimensions communes, à peu près à volonté (sous réserve de moyen et de temps), mais je suis orienté autoritairement dans la flèche du temps. Je trouve cela absurde et injuste. A vrai dire, je n’y crois pas, pense simplement que l’on n’a pas encore trouvé le moyen de se déplacer dans le temps, autrement qu’à travers les succédanés évoqués ci-dessus.

Les odeurs m’obsèdent également. L’odorat est un des sens les plus mystérieux, mais aussi le plus captivant, celui qui vous obsède. Une odeur passée vous fond dessus sans crier gare, présente comme à sa naissance. Les odeurs changent plus vite que les paysages. Elles naissent et disparaissent, ponctuent tous nos déplacement et notre vie. Elles restent marquées à jamais dans nos souvenirs les plus intimes. Dans notre quête de capture de souvenirs, nous savons capturer l’image, puis le son, puis l’apparence animée (image, son, couleur). Nous arrivons parfois à conserver le toucher, parfois même le goût, déjà plus difficilement. Mais l’évocation du voyage dans le temps nécessite les 5 éléments. Quelle miracle que cette odeur et ce toucher de Mammouth, restitués patiemment par un simple sèche-cheveux, dont la douce chaleur redonne une vie fugitive à ce grand corps glacé, à ses poils, tantôt soyeux, tantôt raides comme le crin, tantôt brillant et coloré, et tantôt raide et noir. A cette odeur envoûtante venue renaître depuis le fond des âges et de nos souvenirs.

Enfin que dire de ce brin d’herbe et de cette minuscule petite fleur rouge sortie d’entre les longs poils ...

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