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Conversation « D »

vendredi 11 novembre 2005, par Claude Cordier


Je m’asseyais au bar, commandais un gin. Sur le tabouret à côté se tenait un individu lambda, qui se tourna vers moi et se mit à converser sans que je ne lui pose aucune question. « Ceux qui disent que nous ne sommes rien se gourent sur toute la ligne » On avait programmé les droïdes de conversation pour qu’ils emploient un langage populaire compréhensible par tous dans le lieu où ils devaient se trouver. Son langage et son apparence auraient été légèrement différents s’il s’était trouvé dans un salon distingué ou à la chambre des députés. Il continua sans vérifier si j’écoutais ou non, tel n’était pas le propos. « Nous sommes trop au contraire, en nombre, en puissance, capables de détruire de plus en plus. Or, qui mieux que l’homme a inventé de quoi détruire en masse ? Personne. Aucun autre prédateur ne fait le travail si bien, les lions et autres requins ne sont que des gagnes petit. Nous sommes puissants donc nous ne pouvons pas n’être rien. » Il s’interrompit, l’air dubitatif. Il devait avoir cet air, pour encourager l’écoute du voisin. « Quoique, au regard de l’ancienneté nous sommes presque rien. Voyez les fourmis, quel nombre ! L’historique des fourmis, elles ont connu les grands siècles. De même pour les termites si organisées, bâtisseuses d’autant de tour de Babel. Les constructions humaines à côté, rien, des buttes. Mais nous autres humains, nous avons la pensée imaginative. Ah ! la pensée, l’illogisme, les contre sens, le bonheur de l’absurde, les termites ne l’ont pas il me semble... » Agacé, j’appuyais sur son avant bras droit pour déconnecter la parole. Il se tut, tourna la tête et se mit à touiller son café avec le doigt.

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