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Fallait rien changer

vendredi 11 novembre 2005, par Claude Cordier

19/06/2004

On est là tranquilles, nous mangeons, dormons, aimons, en lieux sains et sécurisés. Nous discourons du vent et du temps, oubliant que les autres sont nous mêmes.


L’enfant crie en courant dans le sens du vent, dans le sens des semences qui suivent le vent, des insectes qui suivent le pollen, des oiseaux qui suivent les insectes, l’enfant est meneur de revue. La vieille parcourt les champs, la forêt, elle traîne un petit par la main, elle fuit le vent, les hommes, la guerre, la vie. La vieille a mission d’éloigner le petit de la mort. Mais quoiqu’elle fasse, les hommes, la guerre et le reste poussés par le vent, la rattrape Il ne sait pas nager, mais nage tout de même de ses petits bras d’ours, il martèle l’onde glacée de ses poings serrés et avance vaille que vaille pour suivre maman où qu’elle aille. Le vent bouscule les bosquets, gonfle le rideau comme une voile, éparpille la farine sur le sol de la cuisine, le vent bouscule tout mais ne transforme rien. L’enfant, crâne rasé, passe la porte, il serre dans sa main un oisillon, crâne rasé lui aussi, corps chétif. L’un enserre l’autre, l’autre se recroqueville dans la paume amie. Mais l’enfant serre trop fort la boule de plumes, l’oiseau n’y sent que chaleur, puis ne perçoit plus rien. L’enfant tombe étouffé par sa propre main. C’était bien, fallait rien changer, ni le décor, ni les odeurs, depuis qu’on a balayé, je ne reconnais plus l’espace, faut rien changer à rien quand on y est bien.

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