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Amère nourrice d’hier

jeudi 25 août 2005, par Claude Cordier

Savantssachants disent : nous sommes ce que nous mangeons. Sachants disent : nous ne sommes que chair en attente d’absorbtion. Sages disent : nous ne sommes rien qu’un torrent de matière qui passe, passe............et repasse, fatigué d’éternité.

Je compte les minutes, les secondes, je suis bien administrée, je sais ce que régularité veut dire, je ne commets pas de bévue, je suis droite, j’écoute les ordres et la pendule, je me fais vérifiée toutes les 48 h, je ne dors pas avec n’importe qui, je mange bio et surtout des algues. Mais n’en abuse pas, on me contrôle question algues et poisson cru, on sait que je peux dévier vers la pelouse ou les bégonias. Je maîtrise la situation, je compte les minutes entre les absorptions, on ne pourra pas dire que j’abuse. Si on le dit, je me sens toute chose, telle une machine mal huilée et défaitiste et je pleurniche en moi même, armes ravalées, liquide en plus, pas de perte tout se recycle, lorsque j’ai tenté d’ingérer mon urine, je reculais de 30 points sur l’échelle de Bienchière. Je compte les secondes qui me sépare du jugement, pendant ce temps je m’empiffre de fruits de mer, de thon cru, de crevettes frétillantes, d’algues molissantes et autres jolifollitudes salées de la mer nourricière. Et la sentence tomba comme un couperet de la voix rauque du boucher de service et néanmoins jovial : VIANDE. Je dis adieu à l’amère nourrice d’hier et me gava de sang et de chaire rouge. La fin de mon corps advint rapidement, on me roula vers la tombe où j’alimentais les vers, les mouches, les zozios et leurs divers prédateurs, qui se soulagèrent dans les rivières qui, comme on le sait dès la maternelle, mènent à la mer, l’amère nourrice d’où nous venonsrevenons sans répit.

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