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LES CONTES DE MAMY MIOU

lundi 26 décembre 2011, par Claude Cordier

Ceci ne va pas plaire à tout le monde, mais cela me convient à moi.

La tradition imposait que l’on gardât en permanence un four allumé dans le village car la gastronomie locale l’exigeait.


Chacun se relayait nuit et jour afin que jamais, au grand jamais, il ne s’éteignit. On y cuisait le pain quotidien, les sablés secs aux épices, les tajines de légumes, les poulets marinés, les tourtes aux fromages et surtout les merveilleux objets inutiles en argile du plus bel effet confectionnés par les enfants pour les fêtes parentales.

Un vieux chat siamois avait pris ses quartiers contre la panse dodue du four et perchait sur le tas de bois contigu. Bon chasseur, il réfutait d’une patte acérée l’intrusion des rongeurs avides et préservait ainsi la qualité des mets.

Au décès du chat vénéré par tous, on se demanda que faire de sa dépouille. L’enterrer serait trop cruel, il détestait l’enfermement, le dépecer et en nourrir les corbeaux serait écologique mais tragique, pourquoi ne pourrions-nous pas lui faire profiter une dernière fois du four tant aimé ?

Lors, chacun d’apporter du bois de qualité, des herbes affolantes, des brindilles brillantes, des encens odorants en hommage à ses origines asiatiques, des feuilles mortes joueuses, des plumes rieuses pour sa réincarnation joyeuse.

Embaumé d’affection, le corps crépita d’aise sur la braise.

Tous les villageois virent les étincelles du feu peindre au plafond du ciel un sourire de chat heureux.

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