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Rencontres du Premier Roman

Une interview de Claude Cordier

Propos recueillis par Bernard Piton, auteur de > Le voyage d’agrément de Jean-Luc Cheval

vendredi 11 novembre 2005, par Claude Cordier

Claude Cordier, qui êtes-vous ? Car s’il est vrai que l’auteur se projette dans son oeuvre, on vous imagine mal en tailleur Chanel. Ou ne sont-ce là que des fantasmes ?

Voir en ligne : Les rencontres du premier roman 2005, organisées par "le manuscrit.com"

Claude Cordier : Chanel ! vous ne croyez pas si bien dire, je travaille au musée des arts décoratifs, Musée de la Mode, Coco hante le lieu, mais je suis bien loin de tout cela, je suis peintre avant tout et rejoins votre voyage.

Bernard Piton : "Une rame de trop" c’est d’abord un lieu : le métro parisien. D’où vous vient cette fascination pour le monde souterrain, underground pourrait-on dire ? CC : Ce lieu, je le parcours chaque jour pour rejoindre le musée où je travaille, je prends des notes, je croise des êtres, des chiens en manteau, j’écoute les conversations, on peut dire que ce bouquin est né des tripes du métro parisien.

BP : Mais c’est aussi le cimetière du Père Lachaise, entre le souterrain et la surface, et puis le Musée des arts déco, lui, tout en extérieur, là pour montrer, pour exposer, exhiber. Ce passage progressif du sous-sol à la surface, de l’ombre à la lumière, était-il prémédité ou s’est-il imposé en même temps que le récit tentait d’élucider la pseudo-énigme policière ? CC : J’ai vécu entre le Père Lachaise et le musée, la solution vint de la rue Saint Blaise et de ma banlieue l’église Saint Pierre Saint Paul à Montreuil, qui vit le baptême de Saint Louis. Notre musée, en travaux, n’a plus à exhiber qu’une superbe galerie des bijoux et des expositions temporaires de mode branchées, mon roman devait y finir.

BP : Je ne suis pas Parisien et je ne connais pas l’emplacement des stations de métro ; je me suis demandé si la narration suivait un trajet précis d’une station à l’autre, s’il y avait une progression géographique interne au récit ? CC : Pour un parisien il est facile de se repérer d’une ligne à l’autre, Gustave progresse selon son instinct, il privilégie la 14 dépourvue d’employés, mais réagit aux autres lignes, comme Cheval. Il semblerait que vous ayez une certaine difficulté à concevoir la " follitude ", votre récit est carré, sauf si le contenu se révèle fictif. Pour ma part je navigue allègrement entre mondes réels et rêveries imaginaires et privilégie l’humour avant toute chose.

BP : "Une rame de trop" est une histoire criminelle délirante, une fantaisie drolatique qui mêle le dérisoire, la caricature, l’outrance, l’extravagance. Ecrire n’est-ce qu’un jeu ? CC : Ecrire est surtout et essentiellement un jeu, l’imaginaire doit prendre le pas sur la raison. Je ne suis incarnée en cette forme que pour mettre en évidence le caractère aléatoire de l’existence humaine, je rejoins ainsi Epicure, Platon et surtout Aristophane, la prochaine fois, en ours je lâcherai l’affaire.

BP : Vous inscrivez-vous dans une filiation littéraire ? Quelles sont vos références en matière de littérature ? CC : Mon maître est Henri Michaux, c’est tout, et j’ai compris la valeur du dialogue en suivant Ionesco et Godard. Mais Michaux a tout dit et je me sens juste petite.

BP : Le "héros", Gugu, semble surgir de nulle part et pour finir semble n’aller nulle part. En fait, le mystère reste entier, rien n’a été résolu. Prévoyez-vous de lui confier d’autres enquêtes ? CC : Gugu n’existe pas, comme moi, je n’existe pas non plus, je produis beaucoup et disparais sous ma peinture et mon écriture.

BP : Quels sont vos projets ? CC : Peindre et écrire librement

BP : Qu’est-ce qui vous a décidé de participer aux Rencontres virtuelles de la collection premier roman ? CC : J’ai choisi votre texte, suis partie en Turquie avec, chaque jour il m’a suivi, ces "trous" de France confrontés aux vastitudes d’Asie mineure, nos ancêtres, à vous et à moi, Hittites, qui gravaient dans l’argile leurs dépenses, leurs tractassions, pas leurs pensées surtout pas leur âme, celle-là s’exprimait bien loin des mots en images furtives, nous continuerons ainsi à dire l’inexprimable avec nos faibles moyens.

Propos recueillis par Bernard Piton, mai 2005,

P.-S.

Bernard Piton est l’auteur de la nouvelle > Le voyage d’agrément du Facteur Cheval

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