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LA CONTEUSE

lundi 2 mai 2011, par Claude Cordier

Elle parlait aux enfants comme on parle aux navires qui partent au fin fond des illusions marines.

Elle savait captiver l’attention des oreilles fatiguées, des yeux alanguis, des cœurs meurtris. Elle jouait d’un tout petit piano en bois, au son d’orgue de barbarie. Tous les mioches reprenaient ses chansons par amour. Elle enclenchait le sommeil et ses vastes prairies, celles brillantes et paisibles amenant au repos, guettant le déviant embrumé d’orage qui ferait qu’au matin le petit aurait mal dormi. Elle projetait les rêves afin que chacun y trouve ce lieu lointain où tout ce qui arrive est si bien qu’au réveil on se plaint de le quitter. En grande rêveuse, toute chargée du lot de son autre vie, elle s’en retournait au monde sans esprit. Déçue, elle sombra dans une flaque d’eau, un gamin la ramassa avec une passoire comme un têtard. Un fêtard des illusions marines.

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