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SOULAGÉE

mercredi 15 septembre 2010, par Claude Cordier

Comme en un rêve je perçois une voix qui dit : Alors On est soulagé ? On a retrouvé nos esprits ?

Je songe : on dit recouvré, mais renonce à corriger, je ne sais même pas si je suis capable de parler. Ce type m’interpelle à la 3è personne, serais-je, suite au coma traumatique, devenue multiple ? Il tapote l’oreiller et me redresse en équerre, je OUILLE et constate que j’ai encore un corps qui me fait mal. Alors, On soufre, On s’est habitué à rester couché, comme un bébé paresseux qui attend que Je lui change sa couche, le nourrisse en perfusion et le fasse sourire avec Mes blagues de comptoir. On ne dit rien, On accepte, On n’a pas le choix, On va être une patiente obéissante, On va supporter la rééducation douloureuse, On va se mettre debout et marcher, sinon On rampe jusqu’aux ouatères car On a notre dignité puisqu’On a nos esprits, n’est-ce pas ? On n’est plus un zombi, n’est-ce pas, on s’autogère, On m’impose plus les hurlements nocturnes aux autres malades. On est raisonnable, On n’est plus sous perfusion, On avale nos pilules comme une grande,On mange la bouffe immonde de l’hôpital sans rechigner et On joue au Scrabble avec moi après la toilette. J’ouvre les yeux et la bouche et en un murmure pâteux lui dis : JE t’emmerde connard ! Quittant la pièce, il me lance : On se révèle agressive, bien ! On n’aura pas besoin du psychiatre, c’est déjà ça de gagné pour la sécurité sociale.

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