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Ce matin j’ai même pas bu mon thé,

vendredi 11 novembre 2005, par Claude Cordier


c’est tout dire. Sur l’écran, pas trace d’infection X32 ni 33, je peux me mettre au travail. Base de donnée : internés malades difficiles.C’est quoi difficile. C’est asocial ? Qui n’aime pas sa maman ? J’ai une liste de quarante noms qui va de Paulette à Jérémie. Paulette est grave, mais je ne vais pas m’y attarder. Il ne sert de rien de me présenter la vie comme une mer de lassitude, dès que je me suis mis à respirer j’ai compris qu’il me faudrait batailler pour accepter de rester où le destin m’a mené. Ici, tout est moche, si ce n’est affreux dès que le soir tombe. Parfois le soleil enjolive et puis la nuit plus rien que l’horreur. J’ai bien compris quand ils m’ont pris en photo en me demandant de ne point bouger, bouger à quoi bon ? Je me suis vu : yeux hagards, membres raides, colonne vertébrale aux aguets, cheveux pauvres (à quoi bon les cheveux !), imberbe à quatre ans, décervelé, triste. Et puis Bouboul est entré dans ma vie étriquée, il marchait à quatre pattes, ses poils le suivant, ses pets, ses vomissures, son entière existence affirmée telle que et acceptée. Alors, j’ai juste attendu la mort pour qu’on me réincarne en genre Bouboul, j’attends encore.

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