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Ils m’ont fait virer zonard, ces barges.

vendredi 11 novembre 2005, par Claude Cordier


C’est vrai qu’elle en avait marre la mère des engueulades autour du riz basmati, ni trop cuit, ni pas assez, voyez l’état du riz et la tête des gosses qui bouffent sans demander leur reste, pour ne pas envenimer la chose, la chose qui n’est pas clair entre papa et maman depuis quelques mois. Lorsque nous étions à la campagne chez mémé, ils se sont tapés sur la tronche comme des malades, c’est ma mère qui a tout pris, on aurait dit un fer à repasser après la tempête. Elle a fait ses bagages, valise à roulette bourrée à ras bord de souvenirs personnels dont nos photos de bébé, ma mère c’est une louve. Elle s’est réfugiée chez ses parents, deux boulevards en dessous. Puis, armée de tout son savoir de féministe elle est allée aux urgences faire constater ses plaies, bien jaunes, puis bleues, enfin bien les traces, parlantes, comme du papier carbone. Et a apporté le tout et sa plainte au commissariat qui n’attendait que ça. Mon papa le tortionnaire n’a pas été inquiété, elle avait refusé qu’il soit convoqué de peur des représailles. J’imaginais mal mon popa en serial tueur, lui qui le dimanche dort tout la journée. Ma moman a tout bien pris en main malgré sa tête en fer à repasser et son petit salaire, elle nous a dégoté un trois pièce loin du popa, en HLM à Belleville, tout neuf, mais c’était le quartier qu’était pas tout neuf et il y avait plein de gars pas nets sous les porches et derrière les fenêtres murées des squats. Et la vague de l’influence néfaste a suivi son cours, ma petite sœur est revenue de la primaire le collant tailladé à coup de cutter malsain, j’ai pas aimé ça du tout, je me suis senti devenir méchant. J’étais le seul homme à la maison, maman n’avait plus que l’énergie de faire pousser des radis en pot sur le balcon. Je me préparais au pire, m’équipais de pied en cape de la panoplie du méchant : bracelets cloutés, noir costume, T shirt tête de mort, chaussures coquées, bagues acérées, Uzi factice dans mon sac à dos, j’avais ni le temps ni le fric de me faire tatouer mais l’idée était là, j’en jetais. Les petits merdeux qui griffonnaient les collants de ma sœurette ont mangé leurs outils et j’ai viré zonard.

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