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Trop gênés

jeudi 31 décembre 2009, par Claude Cordier

Le père et l’enfant. Leur relation est restreinte comme s’il étaient reliés par un fil ténu et fragile et que s’ils s’entretenaient de sujets trop intimes, le fil se tendrait, se distordrait et la relation serait définitivement rompue.

Ni l’un ni l’autre ne souhaite prendre le risque, car l’un et l’autre s’aiment sans se le dire ou l’avouer. Alors, quand ils se croisent ils conversent au sujet des autres. Ces autres avec lesquels l’un et l’autre vivent, des nouveaux qui ne savent rien de la relation première entre le père et l’enfant. Ces Autres qui pourraient comprendre, d’autant qu’eux-mêmes trainent une relation de gêne avec un parent, un ami ou autre qu’ils refoulent. Belle image que le refoulement, une vague qui pousse loin au tréfonds de notre cerveau, dans un creux de rocher corallien, des pensées interdites par la loi en fonction de règles fluctuantes. Impossible d’exprimer notre mal être à un géniteur, même par accident, qui vous a nourri, torché, accompagné à l’école et le reste. Censure totale. Sinon blessure fatale. Tous gênés par nos affects, tous enlisés en nos dépendances, tous coincés, tous coupables d’avoir accepté de vivre et d’avoir donné vie. Moi, pas trop gênée de dire à l’enfant qu’il existe sur terre et dans les rêves des secondes de bonheur qui valent des millénaires d’inquiétude. L’enfant saisit le fil de sa vie passée, en fit une pelote et la lança, telle une boule de neige, en pleine face de son papa « Bien fait pour toi ! » Le père para le choc mais comprit l’intention. Depuis, il tricote des écharpes pour tous les petits et raconte ce récit universel du père et de son enfant qui jamais n’ont rompu le fil de la compréhension.

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