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Le promis aux 75 paires de chaussures

dimanche 21 juin 2009, par Claude Cordier

Il faisait chaud, si chaud, je branchais le ventilateur lumineux, à ailettes tranchantes, une grille dorée repoussait les doigts suicidaires.

Un vent brutal parcourut mon dos, je veillais à ne pas l’absorber de face,afin de ne point déranger ma coiffure, ni mon maquillage façonnée avec adresse par toutes les femelles de la maison qui obéissent aux hommes,père,frères,oncle et même le pépé gâteux, célibataire à 80 ans lorsque la mémé en a eu soupé de changer les couches d’un ancien bébé et vira ascète. Le promis arriva, mon père me le présenta:Ma fille, voici ton fiancé, il possède une usine qui produit 75 paires de chaussures par jour, du cousu main, du bon cuir tanné à la sueur et au sang. Et aux bactéries et à la pollution chimique, songeais-je,tout en observant mon promis. Il faisait si chaud qu’il suait à grosses goutes, sa cravate était tachée et ses dessous de bras humides. Par contre, ses chaussures étaient impeccables, brillantées de frais par le petit cireur du coin. Nous ne dîmes mot, tout absorbés par nos regards en coin, lui reluquait mes seins, moi ses mocassins. La cérémonie de mariage dura le temps d’épuiser un orchestre traditionnel. Il faisait tellement chaud. Le ventilateur au plafond de la chambre nuptiale s’agita si fort qu’il se détacha et broya les mariés comme autant de tranches de charcuterie hallal. Nul ne put distinguer le sang de l’hymen de la promise du reste des abats. Les chaussures posées au sol furent épargnées, on peut encore les trouver au souk de Marrakech, on les appelle :"Les promises" C’est tout que du bon cuir façonné aux fientes de pigeons, aux acides et à la sueur des hommes, qui pour une paire de pompes vendraient leur sœur.

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