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Ma trace

vendredi 19 juin 2009, par Claude Cordier

Je viens d’un que l’on dit de l’Est. J’ai quitté les forêts des Carpates en gare de Brasov, là sur la vitre du train j’ai gravé ma première trace, celle de ma patte

J’ai parcouru la Transylvanie, sans que quiconque ne me trouve bizarre. J’avais par-dessus ma pelure revêtu un long manteau noir et arborait sur le chef un chapeau hassidique. A la frontière hongroise, devant changer de train et patienter, j’ai décoré la salle d’attente d’une fresque gravée sur verre du plus bel effet : une descente de croix où une dame tenait en ses bras la dépouille d’un ours brun. Tout au long de ce périple, sur les vitres des bistrots de gare, j’ai tracé de mes griffes l’image oursonne. Un jour je me suis retrouvé à Cracovie. Dans l’ancien quartier juif de Kazimierz, je me croyais à mon aise arborant un costume approprié. Je compris vite que je faisais partie du décor touristique, aucun autre juif ne vivait plus là. J’ai gravé avec ma patte tous les symboles des religions des humains sur un mur déprimé, sans oublier les Inuits et les Hopis. Un chien me proposa une soutane, je la refusai et arborai fièrement ma réelle nature. Un vieux touriste allemand me croisa et me proposa de l’accompagner en voiture à Berlin, ville de l’ours Bär. En chemin nous passâmes par le camp d’Auschwitz, où il me dit que les enseignants polonais expliquent aux élèves que ce lieu n’était destiné qu’aux dissidents politiques polonais et qu’aucun juif n’y avait péri. Je lui balançai une lourde gifle griffue, le poussa inerte hors du véhicule et revint en 4x4 vers la case départ sans passer par les frontières et toucher 100€ de chevrotine.

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