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Le bidet

lundi 20 avril 2009, par Claude Cordier

Je suis tolérante, je le reconnais et même bassement mais jusqu’à un certain point. Quand ils m’ont attachée à la chaise avec de la bande double face à moquette, je me suis tue.

Soit, ce sont des artistes, ils orchestrent le lieu. Quand ils m’ont tailladée l’avant bras à coup de cutter et que cela saignait, mais je ne suis point douillette, j’ai demandé quelque explication qui n’est pas venue, à la place j’ai récolté une superbe baffe, droite gauche, qui a désarticulé ma mâchoire. Aurais-je perdu une dent, car depuis je bredouille ? L’enregistrement continuait, mes hurlements faisaient partie de la mise en scène, je ne m’en suis pas privée, par respect du scénario, jusqu’à ce qu’ils me bâillonnent avec une bande grise. Certes, je ne suis pas un escargot, mais je comprends que l’art moderne nécessite quelques sacrifices, je saignais fortement et m’agitais sur mon siège. Ils m’ont calmée en m’aspergeant d’essence, rien que l’odeur me révulse, c’est tout dire, mes vêtements imprégnés, aucune possibilité pour le teinturier de les récupérer, merci la culture ! J’étais tétanisée mais consciente, jusqu’à ce qu’ils me posent sur le bidet et sous le feu de la caméra, craquent une allumette, j’ai trouvé que toute proportion gardée Van Gogh n’avait pas mieux fait en se tranchant l’oreille. L’art vaut bien des sacrifices, sauf que la plus belle expression de l’art est celle qui élève l’âme sans abaisser le corps et il en est de même des sociétés.

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