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Transport affectif en commun

Jour de grève. 1 rame sur 3.

samedi 17 novembre 2007, par Claude Cordier


La jeunotte protégeait son arrière en plaquant le dos contre la porte vitrée du fond, au risque de ne pouvoir sortir lorsqu’à l’arrivée à sa station elle murmurerait « Je descends siouplait, merci, pardon ». Elle repoussait de l’avant les prédateurs en pressant son gros sac de lycéenne contre son ventre. Un jeune homme, fut percuté par la masse humaine contre son sac, il s’excusa en inclinant la tête « Terrible la promiscuité des transports ! » Pas de place pour une génuflexion. Sous les lumières blafardes du wagon il lui parût si beau qu’elle détourna les yeux et lui aussi, il fixait la fenêtre où elle se reflétait. Dès qu’une place se libéra il joua des coudes habilement et l’emporta vers l’assise, celle qui repose et évite les contacts étroits. Elle songea : Soit il est galant, soit il m’évite, je pue. Elle ouvrit un livre « La synagogue de Sfax », défit la corne qui endommageait systématiquement tous les romans qu’elle lisait, comme pour laisser une trace de son passage et de la durée de la lecture. Il se mit à murmurer en son oreille ourlée comme un marbre et qui humait bon le savon de Marseille, les phrases offertes à ses yeux. Il lui fit ainsi la lecture, comme certain bénévole l’offre au malvoyant ou comme les parents la font aux joyeux petits illettrés. Le temps passa tant et si beau qu’ils finirent la lecture au terminus, ils furent en retard aux cours mais très en avance sur une relation qui avait tout du transport amoureux.

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