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Peur dans la nuit

Une petite peur ordinaire !

dimanche 6 novembre 2005, par michel roszewitch


Je parlerais vrai :J’étais à côté de la dame qui a écrit le texte (Claude). J’y suis encore. Et je ne parlerais pas du futur, des causes, des remèdes, des coupables, des innocents, parce qu’aujourd’hui je ne peux RIEN DIRE DE TOUT CELA. Je n’analyse pas. Je ressens. Comme une gueule de bois. Forte envie de dormir, pour retrouver les idées claires. Jeudi soir, comme tout le monde, on voit des trucs à la télé, abstraits, décoratifs, spectacle habituel du 20 heures, avec ses petites explications standards, conformes à nos petites idées politiques non pratiquantes. L’anti-Sarkozy primaire (la pub pour Karcher très mal perçue !), les abandons de polices de proximité, etc... Le confort, donc, même si j’habite à 1 km à vol d’oiseau de ces fameuses cités chaudes , les "grands champs", présentées excellemment il y a quelques années par Tavernier et son fils ("Au delà du périph"), dans un quartier résidentiel et pavillonnaire de Montreuil. Vendredi, à 3 heures, ça nous saute à la gueule en bas de chez nous. Et là tout chavire virtuellement, au moins dans nos têtes. La peur raisonnée. On ne risque rien (immeuble en retrait, voiture à l’abri, on n’a même pas vu les casseurs. Juste une fumée. A peine un bruit. Moi je ne l’ai pas entendue, l’explosion. Je dormais. Juste quelques bruits de pompes et de compresseur de camions de pompiers. Un bruit de mousse pour noyer les dernières flammes. Et puis on penche la tête au balcon. On voit la grande échelle au bout de la rue, en haut de la maion si menacée, si vétuste, en bordure des voitures. Personne sur l’échelle sauf un pompier. Il fait nuit. Tout est gris et orange. De l’autre côté, sur l’autre balcon, où l’on voit toute la ville, une fumée noire monte à l’horizon au milieu du ciel. Ciel rouge d’émeutes. Au moins dans nos têtes, car on ne voit rien, on n’entend rien. Et la peur viscérale tombe sur les épaules (drôle de contorsion que fait cette peur pour arriver jusqu’aux épaules). Et on ne dort plus. On n’ose plus jamais dormir. On épie , on écoute. Rien à la radio. Rien sur Internet. Que les vieilles nouvelles de la veille au soir. A 4 heures, on retourne au lit. Réveil à 5 heures et demi. Et plus rien ne sera pareil. Premier bulletin radio à 6 h 30. Radio "normale". Tiens ! le record de voitures brulées a été battu cette nuit. Je me disais bien que je n’ai pas eu peur pour rien. Le vendredi, je me trainerais toute la journée. Gueule de bois des excès que je n’ai pas fait. Le soir, je m’écroule à 9 heures. Peur de dormir, de me faire de nouveau réveiller au milieu de la nuit. Ce matin, réveil à 6 heures, nuit non-stop. La "normale" reviendrait-elle ? Les folies se sont très légèrement déplacées. Elles ont quitté ma rue. Ne se sont peut-être pas approchées à moins de 500 mètres. "normale" ? Sûrement pas ! La nuit retombe...

P.-S.

Ecrit à Montreuil par Michel ROSZEWITCH, le samedi 5 novembre 2005 à 18 heures

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