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Entre l’évier et le placard 3

samedi 12 juin 2004, par Claude Cordier

Croire c’est souvent détourner le destin pour que la beauté subsiste malgré tout.

Le seau lui semble lourd, car elle ne sait pas qu’il s’y passe des mutations, des créations, tout à fait hors d’elle. Fatiguée, elle se pose à la limite du jardin, qui n’en a que le nom tellement on l’a laissé à l’abandon, une misère de jardin, dépourvu de toute pousse nourrissante, stérile pour l’humain, probablement utile à d’autres espèces, mais la petite a compris qu’elle fait partie de l’espèce dirigeante, et que même si elle ne connaît pas les gens du bout de la route elle possède le pouvoir de « faire pousser. » Alors, de ses petites mains elle extirpe les remugles végétaux du seau vert et les disperse autour d’elle, en chantant un air de son enfance « Grow grow green giant grow . » Et si certains peuvent voir, ils auront vu, les déchets de légumes accumulés prendre forme et verdure en un instant, envahissant le jardin, le peupler de tomates rougissantes d’arriver si tôt, de concombres timides, de choux pommés omniprésents, de salades romaines épanouies et heureuses de l’être, et sur la fin le cri de joie du potimarron fier d’arborer sa couleur orange tel un flambeau, et miracle ! des poussins s’extirpant des coquilles d’œufs comme des anges venus de nulle part. La petite, réjouie, se pose alors au centre de la monstruosité potagère. On la repêcha là au matin, mouillée comme une grenouille dans un champ de nénuphars, des plumes dans les cheveux, des fanes collés aux pieds et ce fut pour elle la plus beau jardin du monde.

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