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Mal de vivre en terre

à Hervé G

samedi 22 mai 2004, par Claude Cordier

Rien ne presse, disent-ils, Sauf que tout m’opresse, Surtout ceux pour qui rien ne presse.

Je vais faire un trou, un profond dans la terre, puis y planter une espèce vivace et qui prolifère dans l’ombre, je vais l’arroser, l’engraisser, lui parler bas pour la stimuler. Je ferai de même avec les rochers, mes frères rouges de l’Arizona, les jaunes de l’Utha, pour qu’ils résistent à toute intrusion. Dès que les malvenus se pointeront chevauchant leurs bétonneuses, suivis du savoir de leur architecte, les racines amies glisseront sous leurs pieds et le granit se fendillera comme neige au soleil, nous auront gagné la première partie. La suivante consistera en leur faire comprendre que les minéraux ont une âme, les oiseaux les y aideront, les mammifères pas sûr, les microbes certainement. Nous procédâmes ainsi, tant et si bien que bouffés par les plantes et les microbes, d’hommes il n’en resta aucun. Au fond du premier trou, les pierres firent un lit, s’y couchèrent les feuilles, je m’y allongeais tranquille, les insectes me recouvrir de brindilles, les volatiles de plumes bigarées et les ours de déjections, l’orage fit le reste et je fus consumée. Bien des siècles plus tard, bâtissant des cités à leur image, les grands venus des étoiles se demandèrent pourquoi des fissures apparaissaient à un certain endroit juste là où petite j’avais creusé un trou, un profond pour y planter ma graine et mon corps et les autres de les couvrir de déjections comme autant de cadeaux.

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