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Celui sans tête

dimanche 25 avril 2004, par Claude Cordier

Prenez bien soin de vos organes des sens, la communication passe par eux et c’est grand dommage de les détruire.

C’est l’histoire idiote d’un qui passant le long du canal pencha sa tête par delà le parapet et la vit sombrer dans les eaux boueuses. Il vécu ainsi, sans elle, persuadé que l’âme a siège autour du pancréas ou de la rate. Les autres le regardaient de travers, lui si droit, marchait chaloupé. Question vision c’était zéro, mais il acquit une certaine perception pointue du toucher, ce qui l’amena en ce village perdu au sommet des montagnes, où l’air est si rare qu’on ne chante pas mais on psalmodie, où les chevaux de vents sont autant de drapeaux en hommage au bouddha, où l’air est si pur que si l’on sait un peu voler on décolle illico. Il rencontra une vieille femme, revenue de tout, rhumatisante et joyeuse, qui dans sa fabrication d’animaux en tissu butait sur la tête d’un qui ne lui revenait pas. Dès qu’elle le vit, lui mal foutu, elle s’empressa de coudre la tête mal fichue, en ajoutant des fleurs séchées, des rubans bénis par le Rimpoché, et saupoudrant le tout d’épices, en urgence, elle dit « Qui que tu fus, tu seras et ne t’en prends qu’à toi ». L’un la remercia en recevant ce qu’il n’attendait certes pas, une tête de poisson et il courut de ce pas à la rivière qui l’accueillit en bonne mère, il y nage encore. Conclusion : ne jamais pencher la tête au delà du parapet sinon il y a risque à vous trouver, ce qui souvent est dommageable.

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