Accueil du site > Les écrits de Claude Cordier > Les Fulgures de Claude Cordier > La porte monumentale

La porte monumentale

jeudi 23 décembre 2004, par Claude Cordier

Quand le doute nous saisit, on fonce et on pousse toutes les portes au risque de perdre cette minable existence. Parole de rescapée du métro.

Un doute le saisit. Et si tout cela s’avérait inutile : le risque, la béance dans le sol, la peur, la voix qui disait d’y aller et qui disait aussi de craindre. Parce qu’au fond, à y bien réfléchir et il avait le temps de réfléchir car la chute était longue, à quoi tout cela servirait ? Savoir pour ne plus être ignorant, comme les autres, les autres avec lesquels il ne pourrait pas communiquer l’incommunicable, s’il revenait. Et il n’était plus vraiment sûr de pouvoir revenir. Lorsqu’à l’arrivée, assis sur un sol ferme, il leva les yeux vers la porte monumentale, il se dit qu’elle s’ouvrirait d’elle même, que rien ne nécessitait le moindre effort de sa part, que le sort en était jeté. Il saurait et ce savoir l’envahirait comme une maladie fulgurante de bas en haut. Il fixa l’ouverture, aperçut la lumière, s’y accrocha. Elle lui dit tout en une fraction de seconde. Il eut froid, puis très chaud,le souffle court, il se pencha en avant tomba face contre terre, repus. On le retrouva errant sur une route, maculé de boue et de sang, l’œil lumineux, muet, définitivement silencieux. On le confia à une pièce close,insonorisée et à une infirmière maigre et sombre. Ses yeux voletaient, sa vie légère n’avait plus de prise sur rien, il savait et le savoir l’enveloppait comme un drap de fine cotonnade le cachant à demi. Le médecin constata que sa langue avait été tranchée, ce qui expliquait le sang répandu, nulle autre blessure n’était visible. Personne ne saurait que la portion manqu

Répondre à cet article


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette