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Sagesse du pigeon juif

vendredi 20 juillet 2007, par Claude Cordier

Quand on raconte l’histoire du pépé dans le ghetto à Varsovie, on nous réplique : C’est rien, la vie va ainsi,des morts, des vivants, des forts, des faibles, des soumis, des tortionnaires pire que la jungle où l’on ne tue que pour se nourrir.

Je crois entendre le frère musulman qui, face à sa frangine, baffée très, trop fort, dit : C’est rien, c’est la vie et la loi du plus fort. Et bien Non, dit le pigeon, ce n’est pas ça la Vie. C’est se rencontrer et s’aimer sans entrave, c’est picorer ce que la nature nous donne selon les saisons, observer le soleil à son lever et son coucher et ne point admettre entre ces deux qu’un seul être soit meurtri. L’humain qui parlait aux pigeons, répliqua : Avez-vous bien mesuré vos paroles, sachez qu’elles s’adressent aux humains ? Les pigeons ajustèrent leur mémoire et racontèrent : les soldats place Voltaire embarquant les fillettes, les papas cloitrés à Drançy, les mamans avec les petits dans les wagons, sans air, sans eau, les bébés sans vie à l’arrivée. Nous avons tout vu et avons suivi le convoi et senti l’odeur bien avant le débarquement. Ici, on ne meurt pas de mort naturelle, ici, la mort a une odeur particulière, celle de l’homme pourri. Le pigeon respira bien fort, incarnation du pépé Cohen mort à Matthausen, et s’envola d’un trait vers le grand Nord où, peut-être, le ciel est tendre et les baleines joueuses et libres pour un certain temps.

20/07/2007

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